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 MODULE 4 - Dimensions psychologiques et sociologiques des risques professionnels


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publié le 2 juillet 2015

La prise en compte de la subjectivité dans la relation de travail est un phénomène récent mais qui tend à occuper le devant de la scène. L’apparition du concept de risque psycho-social a déstabilisé les services des ressources humaines qui ne savent pas trop comment appréhender ces « maux du travail ». L’extrême médiatisation du phénomène a amené les pouvoirs publics à s’intéresser à ces questions, à imposer des obligations de négocier sur le stress. Des accords européens sur la violence au travail et le stress ont fait l’objet de transposition dans le champ conventionnel français. La multiplication des diagnostics et rapports permet aujourd’hui de proposer des modes d’action visant à peser sur les ferments de ces risques qui s’articulent autour de l’intensité et de la complexité du travail. Certains déterminants sont immédiatement repérables : des contraintes de rythme des objectifs, des instructions contradictoires et interruptions incessantes d’activité.

L’exigence émotionnelle est placée au cœur même des modèles de management ce qui provoque une implication totale du salarié dans son travail et peut le fragiliser du fait de la peur du conflit, de l’échec, du jugement de valeur par ces pairs.

Ces facteurs sont susceptibles d’influer sur la santé des travailleurs, par leurs incidences psychologiques, familiales et sociales. Ils impactent bien évidemment le fonctionnement des entreprises au travers de disfonctionnement plus ou moins révélés.

Dans la sphère des risques professionnels, ils sont susceptibles de générer, au-delà des absences ou du turn-over, des comportements qualifiés « aberrants » qui menacent la sécurité de tous les salariés, des situations de retrait ou de manque d’implication qui entament la vigilance. L’objectif de la première partie de ce module est de lier la dimension individuelle et collective et de proposer des outils d’analyse et des modes d’action qui permettent autant que faire ce peut de toucher aux racines des difficultés.

Une approche sociologique des « risques professionnels » suppose tout d’abord de s’interroger sur l’importance prise par cette notion dans le débat public comme dans l’espace des relations professionnelles. Le surgissement de ce thème intervient dans un contexte où, au cours des dernières décennies, les conditions de travail se sont à la fois améliorées (réduction du temps de travail et amélioration des conditions d’hygiène et de sécurité), transformées (changements dans les relations de travail, mobilisation de l’écrit et des TIC, accélération des échanges et des rythmes) et complexifiées (« autonomie sous contrainte », implication accrue et perte de prise sur l’activité, accroissement simultané de la flexibilité du travail et de la standardisation des procédures). On ne saurait donc parler d’un mouvement uniforme d’intensification du travail, tant les pressions sur le travail se différencient dans le temps et dans l’espace. D’une part, les études de terrain montrent que si, dans la durée, les charges de travail varient en intensité, c’est davantage l’intensité globale du travail industrialisé qui augmente uniformément. D’autre part, l’externalisation d’activités jugées périphériques contribue à différencier les conditions d’activités des salariés des entreprises donneuses d’ordre de celles des sous-traitants – et à durcir les conditions de travail et d’emploi de ces derniers. Enfin, on ne saurait oublier les effets différés du travail sur la santé des travailleurs précarisés, de même qu’il convient de se demander si les plus menacés en matière de risques psychosociaux ne sont pas les actifs privés d’emploi. On le voit, l’intérêt porté aux maux du travail fait écho à des réalités multiformes qui renvoient tant aux problèmes de travail que d’emploi.

Sur la base de ce constat, on peut postuler que le travail est d’autant plus sous tension qu’il s’exerce dans un contexte de fragilisation de l’activité économique et d’accroissement du risque de perte d’emploi. C’est à la lumière de cette hypothèse que sera abordé le rôle des transformations organisationnelles dans la montée en puissance de la thématique des risques professionnels. La mise sous tension du travail et la montée du stress dans l’activité produisent des effets d’autant plus pathogènes que les salariés sont toujours plus intensément exposés aux verdicts du marché. Le travail s’exerce pourtant dans un contexte de « recul de la prescription » et d’incitation à la prise d’initiative et de responsabilité qui semble favoriser l’expression et la participation dans l’activité. En réalité, les rationalisations organisationnelles s’effectuent sous couvert d’une normalisation et d’une quête de traçabilité qui démultiplient les épreuves d’évaluation du travail, pour les salariés comme pour les prestataires extérieurs. L’« autonomie sous contrainte » qui en résulte exerce une pression d’autant plus forte qu’elle contribue à reporter sur l’individu la responsabilité d’une défaillance qui ne met pas seulement en jeu la « perte d’emploi » mais également la « perte de soi ».

Le module sociologie proposera donc tout d’abord des outils d’analyse du travail inspirés de la sociologie de l’activité. L’objectif sera d’articuler l’analyse des pratiques et des conditions de travail à celle des conditions d’emploi, pour montrer les effets différentiels des rationalisations organisationnelles selon les catégories de salariés. Le module proposera ensuite des apports plus spécifiques en matière de sociologie des organisations, pour favoriser une compréhension des situations de souffrance à la lumière de la configuration des relations de pouvoir qui traversent le fonctionnement des collectifs de travail. Nous aborderons pour finir l’analyse de la relation salariale et des termes de l’échange dans lesquels elle s’inscrit pour interroger les contraintes mais aussi les ressources à la portée des acteurs des relations professionnelles dans le cadre d’une action préventive des risques professionnels.

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